Ils se pourchassent, se mordillent, se bousculent et ils grognent même parfois! Les jeux entre chiens sont importants, ils permettent à ceux-ci d’acquérir des habiletés sociales, tout en développant une motricité et une coordination. Pour les plus jeunes, les séances de jeux entre frères et sœurs ont également un rôle à jouer dans l’apprentissage de l’inhibition des morsures. C’est ainsi qu’ils prennent connaissance de la force exercée par leur gueule.

Mais comment savoir si le jeu est sain? Qu’il ne va pas dégénérer? Est-il possible d’intervenir, de séparer les chiens?  Et est-il essentiel de laisser les chiens jouer ensemble? 

 

Décoder adéquatement le langage canin est essentiel

Pour savoir si le jeu est approprié ou pas, il faut avant tout l’interpréter correctement. Malheureusement, beaucoup de chiens se font étiqueter « dominant » ou « agressif » alors qu’ils jouent correctement. Notre mauvaise compréhension du langage canin y est pour beaucoup.

Analysons une petite vidéo ensemble et posons-nous quelques questions :

  • Ce type de jeu est-il adéquat?
  • Trouvez-vous que le berger allemand s’exprime correctement?
  • Que devrions nous faire pour améliorer la situation?

 

Dans cette vidéo, le berger allemand indique très clairement qu’il n’est pas intéressé par les demandes de jeu du golden retriever.

  • La rigidité de son corps, le fait qu’il évite le regard de l’autre et qu’il tente de lui échapper sont tous des signes d’inconfort.
  • Malgré tous ces signaux clairs, le blondinet reste insistant! Alors, pour se faire entendre, le berger allemand n’a d’autre choix que de crier plus fort qu’il n’apprécie pas! Ici, il se contente d’effectuer de petites morsures contrôlées, mais tous les chiens n’ont pas cette patience et certaines morsures pourraient ne pas pardonner!

Laisser ces deux chiens ensemble sans aucune intervention de l’humain comporte des risques! Le berger allemand bien que très tolérant, pourrait finir par ne plus l’être. À force de voir certains de ses signaux ignorés, il pourrait décider de ne plus les exprimer, ce qui l’amènerait à mordre plus rapidement. Punir le Berger Allemand pour avoir « snapper » aura également pour effet d’inhiber d’éventuel signaux et risque même d’envenimer le problème en le rendant plus réactif! Ce chien cherche simplement à avoir de l’espace et ne sait tout simplement plus comment l’exprimer…

Peu importe le contexte, il est toujours judicieux de retirer de la situation le chien (ici le Golden) qui n’est pas réceptif à l’égard des signaux d’inconfort qu’émet l’autre. Ici, l’idéal serait de l’éloigner du Berger Allemand et de lui trouver une autre activité plus intéressante à faire afin d’éviter que la situation ne dégénère.

 

Jouer correctement, ça s’apprend!

Le chien apprendra à parler « chien » en côtoyant et en interagissant avec d’autres!  L’idéal sera de lui présenter des amis chiens qui ont déjà de bonnes bases en « langage canin ». L’ami en question doit bien s’exprimer, mais aussi être en mesure d’écouter et d’ajuster son jeu au besoin. Pour que cet apprentissage se déroule correctement, voici quelques points à considérer :

  • Présentez-lui des congénères de son âge ou du moins qui présentent le même niveau d’énergie. L’excitation d’un chiot pourrait ne pas s’harmoniser avec le tempérament calme et posé d’un chien plus grognon par exemple.
  • Éviter les trop grands écarts de poids. Bien qu’un chien de 5 livres pourrait follement s’amuser avec un format de 100 livres, les risques de se faire involontairement piétiné sont tout de même présent.
  • Lorsque trop de chiens inconnus sont rassemblés au même endroit, la dynamique du groupe peut s’enflammer, ce qui peut accentuer les conflits ou les comportements de prédation.
  • Assurez-vous que le jeu comporte des pauses fréquentes. Que les chiens s’immobilisent, s’ignorent quelques secondes, avant de reprendre de plus belle leur activité.
  • Les jeux de lutte doivent être équitables. Ce n’est pas toujours le même qui pourchasse l’autre.
  • Il doit y voir plusieurs gagnants. Pour se faire, l’un pourrait faire semblant d’être moins fort si nécessaire. Par exemple, lorsqu’un plus gros chien joue avec un plus petit, celui-ci pourrait jouer en position couchée pour aider l’autre à gagner.

 

Même si dans la vidéo précédente on observe de façon générale une belle période de jeu entre les 2 chiots, il faut cependant rester à l’affût. Woody et Flocon ont tellement de plaisir, qu’ils oublient de prendre des pauses. Cette intensité dans le jeu pourrait dégénérer. C’est donc à nous de garder les sessions courtes et de rediriger le comportement de jeu vers autre chose comme des activités masticatoires afin d’éviter de créer de la frustration. Autrement, la situation pourrait changer et le jeu pourrait ne plus être aussi amusant.

Bien faire les choses pendant la période de socialisation

Il est faux de croire que jouer avec tous les chiens que l’on rencontre permet de mieux socialiser son compagnon. Interagir avec tout le monde peut même être plus néfaste que bénéfique sur d’autres aspects de la socialisation. En effet, une des choses qui est également primordiale à enseigner à son chien et ce, très tôt dans sa vie, c’est à ne pas devenir surexcité à la vue d’un autre individu et aussi lui apprendre qu’un comportement de déjanté ne lui donnera certainement pas droit à cette rencontre. Alors, en évitant à notre chien d’en approcher un autre lors d’une balade par exemple, nous lui enseignons que les chiens qu’ils croisent n’ont pas beaucoup de valeur et cela évitera bon nombre de comportements dérangeants. Croiser un copain canin et être récompenser pour être rester calme ou ne pas avoir tirer sur la laisse est aussi important (sinon plus) pour sa socialisation qu’une interaction.

 

Tout est dans la manière de s’y prendre

En conclusion, s’amuser avec des amis permet à votre chien de développer des compétences sociales. Mais pour apprendre les bonnes manières, il faut côtoyer les bons professeurs!  Alors ne faites pas nécessairement du premier venu le nouvel ami de votre compagnon. Planifiez plutôt des activités avec des amis canins que vous connaissez, sous forme de rencontres structurées et supervisées. Mais surtout, familiarisez-vous avec le langage canin et faites cesser le jeu si un des joueurs en manifeste le besoin.

Alors, ferez-vous de votre chien le meilleur des « amis canins »?

 

Rédigé par Sandra D-Laporte, Technicienne en santé animale, TSA,  Intervenante en comportement animal, membre de ECICQ