Comportement normal ou pas?

Tous les chiots mordillent et c’est un comportement normal et inévitable qui n’est pas nécessairement dû à une poussée dentaire. On l’observe principalement lors des périodes de jeu. Tous les chiots, sans exception, utiliseront leur gueule pour jouer, communiquer ou attirer notre attention. L’excitation ou la frustration augmente également la prévalence de ce comportement.

 

chiotsIci, il faut comprendre que très tôt dans sa vie, le chiot va entreprendre, par le jeu, l’apprentissage des morsures d’inhibition. C’est-à-dire qu’il apprend à contrôler la force de ses morsures avec ses frères et sœurs, ainsi que sa maman. Cet apprentissage peut être possible uniquement par le biais de ses congénères et pendant un court laps de temps. Selon des études récentes, les connexions neurologiques responsables de cet apprentissage s’activent entre 6 et 8 semaines d’âge. D’où l’importance de ne pas séparer les chiots avant 2 mois. Ainsi, lors des périodes de jeu, il y aura des morsures. Une morsure trop intense engendra un cri aigu du côté du chiot mordu. Par réflexe, le mordeur reculera et la victime, parfois, mordra à son tour. Après réflexion, le jeu reprendra plus délicatement. Ainsi de suite, le chiot sera plus enclin à maitriser la pression qu’il exerce avec sa gueule. Cependant, les mordillements, bien que contrôlés, persisteront puisque jusqu’à maintenant aucune autre façon de s’amuser ne lui aura été enseignée.

 

Faut-il punir?

Suite à l’adoption, nos réactions vis-à-vis le mordillage sont très variablenons. Certains éducateurs canins véhiculent encore l’idée qu’il faudra à notre tour mordre le chien. Concept qui ne tient plus la route, puisque nous savons que cet apprentissage n’est possible qu’entre eux.

D’autres seront tentés de le punir en disant « NON ». Parfois, on entend «pincez-lui une babine», ou «utilisez un jet d’eau»! Dois-je vous convaincre que la punition n’est pas du tout la bonne solution? Une punition répétitive risque d’engendrer de la confusion et beaucoup de frustration. Parfois, à moyen et long terme, l’apparition de comportement déviant tel que des morsures plus graves et même de l’agressivité apparaitront!

 

D’autres solutions

Sachez que même si vous n’êtes pas en période d’entraînement, le chiot apprend! Il apprendra grâce à vous ou malgré vous. Un chiot qui s’excite et y prend plaisir aura beaucoup plus de chance de présenter des comportements de mordillage. Or, dès son acquisition, soyez prévoyant. Pour ce faire, gardez-le en cage ou en laisse lorsque vous n’êtes pas en mesure de le superviser ou de lui enseigner les bonnes manières.pantalon

Au préalable, assurez-vous que votre compagnon fait suffisamment d’activité dans une journée. Un trop-plein d’énergie, une excitation débordante, auront comme effet d’augmenter la prévalence de ce comportement. Apprenez-lui à jouer correctement et faites des pauses fréquentes.

 

kongTrouvez-lui autre chose à faire! Encourager votre petit à mastiquer les jouets ou des os appropriés. Afin de les rendre un brin plus attrayants, sortez-les à des moments spécifiques. Certains jouets de caoutchouc comme les Kong®, ont des orifices qui peuvent être remplis de nourriture. Bien qu’un biscuit peut très bien faire l’affaire, remplir cette ouverture de pâté décuplera le plaisir. De plus, après quelques heures au congélateur, les Kong® farcis deviendront vos meilleurs amis, lorsque vous aurez besoin d’un peu de répit. En plus de pallier à l’inconfort relié à sa transition dentaire, ces jouets, bien utilisé, sauront le garder calme un bon moment.

 

Parfois les mordillements servent simplement à obtenir votre attention! Qu’elle soit positive ou négative, il est recommandé de cesser toute interaction lorsque les dents de votre chiot entrent en contact avec votre peau. Ignorez-le, ne le regardez pas, ne lui parlez pas, ne lui touchez pas, puis éloignez-vous de lui. Disparaissez! Le message doit être clair : «aucune interaction possible si tu agis comme ça! » Si cette mauvaise habitude est encrée depuis quelque temps, il y a de fortes chances que le chiot persiste et mordille plus intensément : «mais cette technique fonctionnait? Réessayons pour être certain… » Il suffira d’un manque de cohérence, pour obtenir le chiot le plus insistant.

 

Familiarisez-vous avec le langage canin

La plupart des chiots auront tendance à baillementmordiller nos doigts, nos mains lorsque nous les manipulerons. La vérité, c’est qu’ils ne sont pas si confortables que ça avec les caresses. Comme l’humain n’est pas encore habile pour décoder le langage du chien, celui-ci n’a d’autre choix que d’utiliser sa gueule pour aviser ou se débarrasser de la main qui le contraint. Le simple fait d’être en mesure de déchiffrer les signes avant-coureurs et de respecter ou d’habituer votre chien à aimer les manipulations, minimisera ce type de comportement.

 

Les chiots et les enfants

La prévalence du comportement de mordillage est d’autant plus marquée dans les familles où cohabitent chiot et jeunes enfants.  Pendant que maman enseigne au chiot à être calme, le plus jeune fait tout pour l’exciter et le distraire. Difficile d’enseigner adéquatement un comportement si tous les membres de la famille n’ont pas les mêmes attentes vis-à-vis le comportement du petit nouveau. Et que dire de la confusion dans la tête  de votre compagnon! Certaines consignes peuvent être données aux enfants en fonction de leur âge, mais ici, la gestion du comportement montera d’un cran.

 

Quand le chiot s’attaque à votre mobilier

Parfois, le chiot développera un intérêt pour gruger un meuble, un mur ou le textile. La solution la plus simple est de lui empêcher l’accès. Vous pouvez également utiliser un répulsif sécuritaire vendu en clinique. Toutefois, ces solutions sont à court terme. Pour que votre chiot cesse réellement de détruire son environnement, vous devrez lui trouver d’autres alternatives, car certains chiens ont des besoins masticatoires très élevés.

 

En conclusion

Bien entendu, tenter toujours d’agir en prévention en ciblant les périodes de la journée où le mordillement du chiot est à son niveau le plus intense. Plus l’animal vieillit, plus les motivations qui poussent celui-ci à mordiller deviennent nombreuses. Elles peuvent êtres extrinsèques : frustration, besoins d’attention, confusion, jeu… mais également, intrinsèques. C’est-à-dire que les morsures engendrent la production d’hormones et l’animal utilisera ce comportement pour s’apaiser, gérer son stress et se contrôler. Comme vous l’aurez deviné, une gestion adéquate en bas âge minimise énormément l’impact de la prévalence du comportement en vieillissant. Par conséquent, si votre chiot est maintenant adolescent et présente toujours ce comportement, il sera possible de le gérer, en fonction de ses motivations et d’entraîner un comportement alternatif.

 

Si vous n’êtes pas certain d’agir correctement, n’hésitez pas à en discuter avec un éducateur canin qui travaille avec des méthodes positives.

 

Écrit par Sandra D-Laporte, TSA et Intervenante en comportement animal