Et si ce comportement était normal?

La « coprophagie » est le terme scientifique désignant l’action de manger ses selles ou celles d’un autre individu. Même si ce comportement répugne assurément tous les propriétaires de chiens, il n’a rien de déplaisant pour notre meilleur ami canin. En fait, le chien est programmé pour agir ainsi. Ce comportement s’avère bénéfique pour la survie de l’espèce. En effet, les excréments des chiots sont habituellement ingérés afin de garder l’endroit propre, prévenir les infections et éloigner les prédateurs. Mais même si ce comportement est plus spécifique à la maman qui a eu une portée, il est tout à fait normal de l’observer chez d’autres individus, notamment chez les chiots!

 

Rien de moins qu’une pulsion naturelle

Le chien qui mange des selles n’est nullement dégouté par ce comportement et j’ajouterais même qu’il en tire systématiquement un certain plaisir! Que ce soit par curiosité, pour le goût, pour cacher une preuve, par ennuie ou pour contrer de l’anxiété, notre compagnon adopte ce comportement parce que ça lui «fait du bien» tout simplement!

Comme l’ingestion de selles représente un renforcement en soi, il importe de briser ce cercle vicieux le plus tôt possible.

 

Que peut-on faire?

Comme ce comportement est naturel et auto-renforçant, nous devrons faire en sorte qu’il ne se produise pas. Un chien qui a l’opportunité de manger des excréments a beaucoup plus de chance de saisir l’occasion et reproduira ce comportement «payant» tant qu’il le pourra!

Par conséquent, pour empêcher un chien de manger ses excréments, il faut nécessairement le surveiller, donc sortir avec lui à l’extérieur. Lorsqu’il s’exécute, on en profite pour le féliciter, puis on s’éloigne de la selle pour le récompenser. L’important c’est de rendre le comportement «désintéresse-toi de la selle» extrêmement payant! Lancez quelques gâteries au sol afin de garder votre compagnon occupé , le temps de ramasser la bombe puante! 

Ainsi, lorsque l’accès aux excréments est impossible et que l’on récompense systématiquement un comportement alternatif, comme par exemple s’éloigner de sa déjection pour revenir vers nous afin d’obtenir une friandise, nous nous assurons de prévenir la coprophagie.

 

D’autres solutions

Bien que l’exercice précédent soit la méthode la plus efficace pour prévenir ce comportement déplaisant, d’autres solutions peuvent également nous aider, à différents niveaux, selon la situation.  

  • L’installation d’une chatière, l’utilisation d’une barrière pour bébé ou l’aménagement d’une litière en hauteur peuvent facilement empêcher notre chien d’associer la litière du chat à un buffet à volonté.
  • Répondre au besoin de recherche alimentaire quotidiennement. Le chien est également programmé pour chercher sa nourriture tous les jours. Or, comme le fait de lui offrir des croquettes dans un bol conventionnel ne comble pas ce besoin, il se peut que votre compagnon se trouve des comportements alternatifs pour pallier à ce manque.
  • Le port d’une muselière de type panier[1] peut nous aider à empêcher un chien de manger les excréments des animaux de la faune lors d’une balade en forêt par exemple.
  • Certains produits peuvent donner un goût amer aux excréments. Ils sont efficaces dans certains cas et doivent être offerts à tous les animaux de la maison (chats/chiens) avec chaque repas. Bien entendu, pour dissuader l’animal de répéter le comportement, celui-ci doit avant tout comprendre que les selles, peu importe à qui elles appartiennent, le moment ou l’endroit, ne seront plus aussi alléchantes dorénavant. Par conséquent, l’exercice devra être fait sur plusieurs semaines en laissant la possibilité à notre chien de déguster à sa guise les excréments.

 

La punition : plus de conséquences que de résultats

Nous avons tendance à punir des comportements qui ne nous conviennent pas. Cependant, cette action peut avoir de lourdes conséquences et même encourager notre compagnon à manger ses selles. Prenons, par exemple, un chiot en apprentissage de la propreté. Parce qu’il est puni pour avoir fait un dégât dans la maison, celui-ci pourrait apprendre qu’il est préférable de cacher les preuves de son méfait en les mangeant. Pas de selles dans la maison, pas de punition! 

Par ailleurs, si nous punissons un chien qui mange déjà ses selles, nous accordons de l’attention et donc de la valeur à ce comportement. Cette action pourrait également encourager notre compagnon à se cacher pour le faire et même d’augmenter sa vitesse d’ingestion de façon à ce qu’il ait le temps de terminer son en-cas avant qu’on le lui enlève.

 

Votre vétérinaire, un allié

Le chien coprophage est beaucoup plus à risque de présenter des parasites intestinaux, surtout s’il s’intéresse aux excréments des autres animaux. Faites part de cette fâcheuse habitude à votre vétérinaire afin qu’il puisse vous donner des recommandations adaptées.

De plus, bien que normale, la coprophagie peut également être le symptôme d’un problème médical ou comportemental encore plus grave comme l’anxiété. Si votre chien présente d’autres symptômes physiques (vomissements, diarrhée, perte d’appétit, gourmand, amorphe…) ou comportementaux (mordillements excessifs, difficulté à se concentrer/se calmer, destruction, malpropreté, vocalisations excessives) n’hésitez pas à en faire part à votre vétérinaire.

 

Écrit par Sandra D-LaporteTechnicienne en santé animale et Intervenante en comportement, Membre de ECICQ

 

[1] Une muselière conventionnelle n’est pas adéquate, puisqu’elle ne peut pas être portée très longtemps. La muselière panier permet à l’animal d’haleter correctement afin de réguler sa température corporelle.